Tanizaki Junichirô

(1886 - 1965)






Repères Chronologiques

 - 1887 : Installation de l'éclairage électrique à Tôkyô.
 - 1889 : Inauguration du chemin de fer entre Tôkyô et Kyôto. Promulgation de la constitution par l'Empereur. Ouverture du Kabuki-za à Tôkyô.
 - 1890 : Première liaison téléphonique entre Tôkyô et Yokohama.
 - 1891 : Violent tremblement de terre dans la région de Nôbi au nord-ouest de Nagoya qui se fit ressentir jusque Tôkyô (plus de 7000 morts).
 - 1894 : Tremblement de terre à Tôkyô (plus de 27000 morts). Début de la guerre sino-japonaise.
 - 1895 : Fin de la guerre sino-japonaise.
 - 1896 : Présentation du kinétoscope à Kôbe.
 - 1897 : Première représentation cinématographique par les frères Lumière à Ôsaka.
 - 1904 : Début de la guerre russo-japonaise. Mort de l'écrivain naturalisé japonais Lafcadio Hearn.
 - 1905 : Bataille de Moudken, opposant 320000 Russes à 250000 Japonais. Fin de la guerre russo-japonaise.
 - 1910 : Annexion de la Corée.
 - 1911 : Exécution de douze personnes dont le socialiste Kôtoku Shûsui pour un complot supposé visant l'Empereur.
 - 1912 : Mort de l'empereur Meiji en juillet, suivi par le suicide en septembre du général Nogi.
 - 1914 : En août le Japon entre dans la première guerre mondiale en déclarant la guerre à l'Allemagne.
 - 1916 : Mort de l'écrivain Natsume Sôseki.
 - 1918 : Grande révolte populaire contre la spéculation sur le riz.
 - 1922 : Mort de l'écrivain Mori Ôgai.
 - 1923 : Violent séisme dans la région du Kantô, plus de 142000 morts.
 - 1926 : Mort de l'empereur Taishô.
 - 1927 : Suicide de l'écrivain Akutagawa Ryûnosuke.
 

Tanizaki Junichirô est né le 24 juillet 1886 dans le quartier de Nihonbashi à Tôkyô. Issu d'une famille de marchands qui fit fortune sous l'impulsion de son grand-père maternel Kyûemon Tanizaki. Sa mère, Seki,  est la troisième fille de Kyûemon, elle est âgée de vingt-deux ans à la naissance de Junichirô. Son père, Kuragorô, est lui aussi issu d'une famille de marchand (grossistes de sake), les Ezawa dont il est le troisième fils, mais sur le déclin, ce qui explique son adoption par la famille Tanizaki. Junichirô est inscrit sur le registre d'état civil comme étant le premier enfant du couple. Cependant il a eu un frère aîné qui ne vécu que trois jours,  la mort prématurée de ce frère fut à l'origine de son prénom : Jun signifie « humecter la terre pour la rendre fertile » et ichirô signifie « le premier fils ». Il sera l'aîné d'une famille de sept enfants (trois frères et trois sœurs).


En 1888 son grand-père meurt, et la situation financière de la famille se dégrade petit à petit. Cependant jusqu'à l'âge de huit ans Tanizaki a une vie plus que confortable au sein de sa famille, mais celle-ci change radicalement au cours de l'année 1894 lorsque suite à de nombreux échecs de son père la famille est obligée de déménager dans une modeste demeure. En 1891 le tremblement de terre de la région de Nagoya le marquera profondément et lui inspirera toute sa vie une peur viscérale des séismes, le tremblement de terre de Tôkyô en 1894 ne fit que confirmer ce sentiment.


A l'âge de onze ans Junichirô eut son premier Mentor en la personne de son professeur Inaba Seichiki qui l'influencera durant quatre années. Tanizaki considérera cet instituteur comme son seul et unique Maître durant toute sa vie. En 1898 il écrit ses premières nouvelles : Rêves d'écoliers (Gakusei no yume), Le Maître zen Ikkyû  (Ikkyû zenji), Du seigneur Kusunoki (Nankô ron) ... qu'il publiera dans la revue de son école Le club des écoliers (Gakusei kurabu). Durant sa scolarité il étudiera notamment l'anglais et le chinois classique.


En 1901 il entre au « Premier collège » de Tôkyô.  Il commence à faire publier dans la revue du collège plusieurs kanshi ainsi que quelques essais : Critique du pessimisme (Ensei-shugi o hyôsu), Idée morale et idée esthétique (Dôtokuteki-kannen to hieki-kannen), Lettres, arts et moralisme (Bungei to dôtoku-shugi), Lève-toi, l'Asie ! (Tateyo, Ajia) ... En 1902 il parvient même à faire publier dans une revue commerciale, Le monde des jeunes (Shônen-sekai), deux essais et un poème écrit dans le style shintaishi. Malheureusement sa famille connaît de plus en plus de difficultés financières et le jeune Junichirô est obligé de s'installer dans la riche famille Kitamura (propriétaires de l'hôtel-restaurant-épicerie Seiyôken) pour y donner des leçons particuliers aux enfants. Cette expérience lui servira d'inspiration pour sa nouvelle Le masque du démon (Oni no men) qu'il publiera en 1916.


En 1905 il entre dans la section de droit anglais du « Premier lycée » de Tôkyô dans lequel Natsume Sôseki enseigne l'anglais depuis 1903 (ayant pris la suite du non moins célèbre Lafcadio Hearn). L'année 1907 voit la publication de trois récits de Tanizaki dans la revue du lycée : Les funérailles d'un épagneul (Chin no sôshiki), Souvenirs incertains (Urooboe) et Le Volcan éteint (Shikazan). Ce dernier récit est en fait la version romancée de ses amours avec Hozumi Fuku, employée chez les Kitamura, et pour lesquelles il fut congédié de son travail chez la riche famille. Suite à cette mésaventure, Tanizaki se retrouvera pensionnaire au lycée. L'année suivante Tanizaki renonce à ses études de droit anglais et s'inscrit dans la section de littérature japonaise de l'Université impériale de Tôkyô, se décidant ainsi à embrasser une carrière littéraire. Il se décide alors à faire publier ses écrits dans des revues renommées, mais essuie deux échecs coup sur coup. La revue Teikoku bungaku lui refuse sa pièce Naissance (Tanjô) et sa nouvelle Une Journée est refusée par la revue Waseda bungaku. Sur ces échecs il commence une dépression et pense à se lancer dans une carrière de journaliste.


En 1910 il participe, avec plusieurs camarades, au lancement de la revue Shinshichô dans laquelle il peut enfin publier sa pièce de théâtre. La même année il y publiera L'Eléphant (Zô), The Affair of Two Watches, Le Tatouage (Shisei) et le Kirin. La parution du Tatouage lui donne l'occasion d'être reconnu sur la scène littéraire, ce qui lui permet de rencontrer le romancier Nagai Kafû qui lui sera un précieux soutient lors de ses premières années d'écrivain.


En 1911 il commence à pouvoir vivre de sa plume, recevant pour la première fois de l'argent pour la publication d'une de ses œuvres : Shinzei (pièce en un acte) qui paraît dans la revue Subaru. A cette première parution feront suite : Les Jeunes Garçons (Shônen) et Le Bouffon (Hôkan) qui seront publiés dans cette même revue. En juin de cette année il perd sa sœur Sono à peine âgée de seize ans. En juillet il est renvoyé de l'Université pour non-paiement de ses frais. En octobre il subit sa première censure pour son texte Hyôfû. En novembre il continue à monter dans le milieu littéraire japonais grâce à  la parution du Secret (Himitsu) dans la célèbre revue Chûô kôron et surtout grâce à l'éloge qui est fait de lui par Nagai Kafû dans la revue Mita bungaku. En décembre il sort son premier recueil de nouvelles incluant : Le Tatouage, Le Kirin, Le Bouffon, Les Jeunes Garçons, L'Eléphant et Shinzei.


1912, sa carrière est définitivement lancée. Il est régulièrement publié dans des quotidiens tel que l'Ôsaka Mainichi ou le Tôkyô Nichinichi. Il commence à écrire avec de grandes difficultés son premier long roman, Atsumono, qu'il achèvera en 1913. En 1915 il se marie avec une ancienne geisha, Ishikawa Chiyo, avec laquelle il aura une fille, Ayuko, née en 1916. Junichirô perd sa mère en 1917, deux ans plus tard (un peu avant la mort de son père) il publiera une nouvelle en son hommage (Nostalgie de ma mère). En 1918 il effectue son premier voyage hors du Japon, il visitera la Corée, la Chine et la Mandchourie. De ce voyage il tirera plusieurs articles qu'il fera publier dans différents journaux l'année suivante.


Après les nouvelles, le théâtre et le roman, Tanizaki s'intéresse au cinéma. En 1920 il est engagé par la société Taishô pour laquelle il écrira plusieurs scénarii dont : Amachua kurabu, Katsushika Sunaki, Hinamatsuri no yoru ou Jasei no in. Mais cette expérience dans le milieu cinématographique ne durera qu'une année, le succès commercial n'étant pas au rendez-vous. Il reprendra l'écriture de pièces, dont certaines finalement furent reprises par la suite au cinéma (Puisque je l'aime, O-kuni et Gohei, Hommoku yawa ...).


Le tremblement de terre de 1923 incitera Tanizaki à quitter définitivement le Kantô. Désormais il vivra dans le Kansai (jusqu'en 1956) et changera régulièrement de résidence. Cet exil dans le Kansai marquera fortement ces œuvres à venir. Il essayera d'assimiler les croyances et les mœurs de cette région du Japon qui lui est inconnue et beaucoup de ses romans se dérouleront dans le triangle Ôsaka, Kyôto, Kôbe.